Les artistes nominés pour le Prix de dessin 2026 de la Fondation Guerlain

11 décembre 2025

Les noms des 3 artistes nominés pour le 19ème prix de dessin de la Fondation d’art contemporain Daniel et Florence Guerlain ont été annoncés le 11 décembre 2025

Les artistes nominés sont :

  • Cathryn Boch, Française née en 1968
  • Simon Schubert, Allemand né en 1976
  • Renie Spoelstra, Néerlandaise née en 1974
Cathryn Boch, Simon Schubert et Renie Spoelstra sont les 3 artistes nominés pour le 19ème Prix de dessin de la Fondation d’art contemporain Daniel et Florence Guerlain

Une exposition des œuvres des trois artistes sélectionnés sera présentée au Salon du dessin qui se tiendra au Palais Brongniart, place de la Bourse à Paris, du 25 au 30 mars 2026.

Le jury se réunira le 26 mars et l’annonce du lauréat sera faite le jour même.

 

Textes de Marie Maertens

Cathryn Boch

Biographie

Cathryn Boch est née en 1968 en France.

Elle est diplômée de l’Ecole supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg.

Elle commence à exposer dans les années 1990 et a participé à de nombreuses manifestations institutionnelles, notamment au Palais de Tokyo, à la Fondazione Museo Civico di Rovereto, au Musée de Grenoble, au Kunstwerk Carlshütte, à Budelsdorf, au Musée des Arts décoratifs…

Cathryn Boch fait partie des collections du Cabinet d’Arts Graphique – Centre Georges Pompidou, du FMAC (Fonds municipal de la ville de Paris), du FNAC (Fonds national d’art contemporain), des FRAC (Fonds régional d’art contemporain) PACA et Picardie, du MAMCO de Genève, de la Collection Antoine de Galbert et de la Fondation Daniel et Florence Guerlain.

Cathryn Boch

L’œuvre de Cathryn Boch

Cathryn Boch dessine avec la couture, la mêlant à des supports tels que cartographies, images satellites ou cartes postales, mais aussi acryliques ou autres matériaux. Sa quête du corps et de l’intime a rejoint celle des territoires et des paysages, pour nous conter l’histoire des hommes.

Dès ses études dans les années 1990 et à une époque où les plasticiennes et penseuses sont peu médiatisées, Cathryn Boch investit le champ de l’intime dans ses aquarelles. Elle y représente son propre corps, y parle de fluides et de circulation, témoignant autant d’elle que des autres. Le médium du dessin, avec ses déliés, s’impose comme une évidence.

« Je l’ai toujours considéré comme un continuum, un lien privilégié avec la pensée. Le dessin est direct, immédiat mais c’est aussi un espace de recherche, de tentatives et d’expériences. Ce n’est jamais quelque chose qui s’annonce et s’avère déterminé à l’avance… ».

L’artiste se met à beaucoup voyager et aime postuler à des résidences qui lui feront découvrir les pays de l’Est, notamment la Lituanie ou la Pologne. À force de consulter ses cartes routières ou les plans des villes qu’elle arpente à pied, elle décide d’en faire sa source de travail, considérant les routes et les fleuves comme des corps, des organes et des flux. Peu à peu, elle évoque autrement la figure, dans une forme de métaphore des mouvements sur ces territoires.

Cathryn Boch, San Titre 2017

Cathryn Boch
Sans titre, 2017
Photo aérienne, tirage argentique, carte topographique, cartographie Algérie, glaçage au sucre, couture machine, couture main, 79 x 117 x 17 cm.
courtesy Cathryn Boch/ADAGP 2025. ©Jean-Christophe Lett

En parallèle, elle collectionne et coud des cartes postales ; son travail prend une ampleur d’ordre plus sociétal et politique. En partant au loin, elle songe à sa région natale du Grand Est et à ses découpages complexes ou ses différentes phases d’industrialisation.

« Je pensais beaucoup aux notions de frontières, bousculées par l’histoire, et aux populations migrantes qui en subissent les conséquences », ajoute-t-elle.

Elle malaxe toujours davantage la matière et le papier, qu’elle prépare avant toute intervention en le ponçant, l’observant, le caressant… Elle peut le trouer par la couture, le triturer, mais vient ensuite le réparer, le soigner, le lier par cette union des fils qui, dans leur dynamique, ont secondé l’usage de l’aquarelle.

« Mon récit se crée par strates et contradictions. »

Chez Cathryn Boch, sujets et textures accompagnent totalement sa vie personnelle. Quand elle s’installe à Marseille, elle se recentre ainsi sur la Méditerranée et le sens de l’accueil et de l’hospitalité qui caractérise la cité phocéenne. Elle élargit encore son support et peut s’attaquer à l’immensité des toiles de voiliers. L’œuvre est exposée suspendue, gagnant en volume et en interprétation. Son espace de liberté ne s’arrête jamais et l’artiste aime se rappeler que le philosophe Jean-Luc Nancy considérait le plaisir et la sensualité du dessin dans sa constante découverte…

Cathryn Boch - Sans Titre, 2019

Cathryn Boch
Sans titre, 2019
carte IGN, peinture, cire, calque topographique, carton, fil de fer, images de presse, henné, couture machine, couture main, 160 x 70 x 25 cm
courtesy Cathryn Boch/ADAGP 2025. ©Jean-Christophe Lett

Simon Schubert

Biographie

Simon Schubert est né en 1976 en Allemagne.

Il est diplômé de l’Academie de Fine Arts de Düsseldorf.

Il commence à exposer en 2006 et a été montré à l’international, notamment récemment au Museum Villa Zanders de Bergisch Gladbach, au Kunstsammlung de Neubrandenburg, au Museum Morsbroich, de Leverkusen ou au Feld-Haus Clemens Sels Museum, de Neuss.

Simon Schubert fait partie des collections du Museum Villa Zandres, du Kunstsammlung des Bundestages, du Edwin Scharff Museum, du Vatikanische Sammlung, de la David Roberts art foundation, de la Jaques & Mimy Defauwes collection et de la Fondation Daniel et Florence Guerlain.

Simon Schubert

L’œuvre de Simon Schubert

En parallèle de sa propre technique de papier plié avec laquelle il développe une architecture en constante évolution, Simon Schubert travaille des noirs et des couleurs profondes. Ses feuilles aux blancs éclatants s’exposent aux côtés de pigments très denses, plongeant le spectateur dans un monde qui parle d’absence et d’existence.

Simon Schubert navigue entre la dextérité de feuilles pliées au blanc immaculé et la densité de la poudre graphite. Il y représente le plus souvent des architectures intérieures, de longs couloirs, des escaliers, des portes closes, des rayons de soleil émergeant de fenêtres, totalement exempts de personnages. Il y crée des univers dans lesquels un sentiment de solitude ou d’absence s’impose, où l’espace et la lumière deviennent des sujets en soi.

Lors de ses études de sculpture, Simon Schubert a inventé une technique de pliage, créant profondeur et perspective, lui permettant de lier les arts plastiques et son intérêt pour la littérature ou la philosophie. Il est notamment fasciné par Samuel Beckett, et sa pièce Quad, composée de quatre acteurs apparaissant et disparaissant dans un carré, autant que par la construction de ses écrits.

« Pour essayer de me connecter d’une certaine manière à Samuel Beckett, de réfléchir à son œuvre et de l’intégrer à la mienne, j’ai souhaité reproduire son visage. Mais j’y ai symbolisé les rides par les plis du papier. Cela me semblait faire écho à sa manière de travailler le langage, poussé quasiment à l’abstraction, voire la disparition. J’ai imaginé un dessin sans crayon, afin que cette technique structure et s’évanouisse dans le blanc. »

Un temps assistant d’un professeur de philosophie, Simon Schubert se passionne pour Gottfried Wilhelm Leibniz puis Gilles Deleuze, et « cette hypothèse d’une réalité, d’un monde replié sur lui-même ». L’artiste nous présente un monde séquencé, fait de travellings avant et arrière. Il isole des pans, construit et déconstruit ses architectures fictives ou réelles. Ses sujets se révèlent similaires, mais plus resserrés, dans ses dessins de graphite noir, où des vues latérales de fenêtres ou d’intérieur semblent renvoyer à Johannes Vermeer ou Vilhelm Hammershøi. Dans ces « presque riens », il laisse l’esprit divaguer vers une vision mélancolique et existentielle de la vie, il fait appel à notre perception et nos projections.

« Je cherche à renvoyer à notre imagination, nos souvenirs et à visualiser bien au-delà de ce que nous montre le dessin, afin qu’il en devienne une image plus personnalisée et profonde. »

Depuis quelques années, Simon Schubert introduit la couleur, dans une forme d’abstraction boréale aux dominantes de rose pourpre ou de prune. Il qualifie ces œuvres « de miroirs spatiaux », réfléchissant tout autant l’esprit des lieux que les émotions des spectateurs…

Simon Schubert - Portrait de Samuel Beckett, 2023

Simon Schubert
Portrait de Samuel Beckett, 2023
Papier plié, 100 x 70cm.
© Simon Schubert.

Simon Schubert - Sans Titre 2025

Simon Schubert
Sans titre 2025

(Lumière à travers la fenêtre)
Graphite sur papier
70 x 50cm.
©Simon Schubert.

Renie Spoelstra

Biographie

Renie Spoelstra est née en 1974 aux Pays-Bas.

Elle est diplômée de l’université de l’Académie royale des beaux-arts de la Haye.

Elle débute ses premiers shows en 2007 et a participé à de nombreuses expositions institutionnelles, comme au Frac Picardie d’Amiens, au Museum Belvedere d’Heerenveen, au Rijksmuseum de Twenthe, au Drawing Center de Diepenheim.

Renie Spoelstra fait partie des collections du Macba de Barcelone, du Central Museum d’Utrecht, du Stedelijk Museum de Schiedam, du musée Teylers de Haarlem, du Musée National d’Art Moderne, de Paris, ainsi que de la collection de Florence et Daniel Guerlain. Elle est représentée par la galerie Ron Mandos, à Rotterdam.

Renie Spoelstra

L’œuvre de Ronie Spoelstra

Avec de grands formats aux noirs denses et profonds, aux multiples dégradés de gris, Renie Spoelstra plonge son spectateur dans des paysages qui retranscrivent ses sentiments. Montagnes, forêts, nuages, lacs ou rochers deviennent les personnages principaux d’un récit intime et atemporel.

Si elle ne donne jamais d’indication précise sur les lieux qu’elle visite, Renie Spoelstra débute ses voyages par de longues marches et temps d’observation, dont elle enregistre des images (photographies ou vidéos). Des paysages néerlandais à ceux de l’Amérique du Nord, du Canada ou du Pérou, elle laisse naviguer ses propres émotions face à ce qui la regarde. De retour à l’atelier, elle fait des captures d’écran et s’attèle à des formats souvent de grandes dimensions, exclusivement au fusain. Ce travail silencieux et solitaire lui fait retrouver les sensations vécues face aux éléments, les moments de joie ou de résilience.

De ces périples découlent de multiples feuilles aux rythmes donnés par la brume se dissipant, l’eau coulant en cascade, l’inclinaison des arbres ou le calme des lacs. Elle précise que le reflet de l’eau lui permet de se connecter à son subconscient. Elle apprécie le lien que l’on peut tisser, dans cette approche spirituelle du paysage, avec son compatriote Piet Mondrian, l’un de ses artistes préférés, notamment pour sa représentation des arbres.

« J’aime cette manière de souligner l’espace entre les branches, qui nous apporte la sensation d’être vraiment présents, de pouvoir observer et absorber la nature. L’idée n’est pas de dessiner de façon réaliste, mais plutôt de l’intérieur… de ressentir le végétal puis de le donner à voir de la bonne manière. D’arriver ainsi à l’essence-même du sujet », précise-t-elle.

Renie Spoelstra - Glacier view

Renie Spoelstra
Glacier View

série High Altitude, Peru, 2023
Fusain sur papier, 240 x 350 cm.
© Renie Spoelstra.

Conceptuel et dicté par un protocole précis, tout en épousant la tradition classique du fusain, l’œuvre de Renie Spoelstra mêle romantisme et existentialisme. Elle emploie beaucoup les mots « expérience » et « choix », car le travail à l’atelier est aussi celui de la sélection de la bonne image.

« Il faut savoir éviter l’écueil d’une esthé tique ou d’une beauté trop immédiate ou trop forte. Le grandiose peut se révéler un piège, comme l’excès de détail… ».

Les séries d’un même voyage ont pu se lire dans la lignée de films un peu mystérieux ou angois sants, à la Alfred Hitchcock ou David Lynch, où l’absence totale de personnage permet de se positionner au cœur de la scène.

« Ce que je recherche est de saisir un instant et une sensation », conclut Renie Spoelstra.

Et aussi… un puissant sentiment d’existence, pourrait-on ajouter.

Renie Spoelstra - Mountains & Angels #4

Renie Spoelstra
Glacier View

série High Altitude, Peru, 2023
Fusain sur papier, 240 x 350 cm.
© Renie Spoelstra.

 

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